Déringardiser
PUBLIE LE 24 octobre 2007 / VuLu |
Voici quelques propos du photographe Jérôme Brézillon sur son travail qui illustre, dans le journal Libération du 20 octobre 2007, un reportage sur « le Paris des associations » :
« Les associations, ce sont avant tout des bureaux pas très rigolos. J’en avais une image de pièces avec des néons plein de Post-it et de petites annonces. Et puis les militants passent beaucoup de temps à discuter, et faire des photos avec des gens qui parlent, c’est un peu compliqué ». « C’est alors que j’ai décidé de changer d’angle et de scénariser les photos. Je demandais des regards fermes, martiaux. Pour que la masse des personnes ne fasse qu’une composition ».
Que s’est-il passé ? La rédaction du journal a donné à M. Brézillon un objet de communication (les associations) à faible indice de communicabilité (« pas très rigolos », « un peu compliqué »). Cette réalité, Jérôme Brézillon décide de la modeler pour la rendre plus conforme à sa grille de valorisation esthétique et, partant, à celle du journal dans lequel elles vont être publiées. Il impose donc aux protagonistes des postures graphiques inspirées des conventions de la mode et du rock, manière pour lui de déringardiser l’objet de communication « associations ». Je ne porte pas de jugement esthétique car j’estime ces photos plutôt agréables et conformes à mes goûts de lecteur de Libération, même si, par la facilité du procédé utilisé, elles semblent esquiver le sujet plutôt que le traiter. Ce qui m’intéresse, ce sont les propos de Jérôme Brézillon sur son travail et le processus de re-valorisation de l’objet de communication pour en accroître l’indice de communicabilité. Ce processus est courant. Il est au cœur du métier de la communication. La question est de savoir ce que l’on risque de perdre au passage et à quelle logique plus globale on se soumet en agissant ainsi.
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