Imaginaire.zéro

PUBLIE LE 23 octobre 2007 / Photos |

Imagination_zero_1
Place de la République, le long de la caserne des gardes républicains. Au ras du sol, des fenêtres grillagées. Soudain mon regard est attiré par une anomalie visuelle. Je mets quelques instants à comprendre : c’est un trompe-l’œil. Quelqu’un a photographié l’angle supérieur gauche de la grille et a posé ensuite la photo à l’endroit exact de ce qu’elle montre.
C’est un rendez-vous, un clin d’œil du hasard. L’art du camouflage, quand le réel disparaît dans l’ombre de sa représentation. Je reviens un peu plus tard pour faire une photographie de la photographie. Dans la partie supérieure de la photo, l’auteur a inscrit son adresse mail : imaginaire.zero@hotmail.fr

La photo restera quatre jours à son emplacement.

PS : si vous découvrez d’autres interventions du même auteur, n’hésitez pas à me les signaler.

Comments

4 Commentaires sur “Imaginaire.zéro”

  1. Stefano Urani sur novembre 24th, 2007 13:08

    Bonjour, je trouve intéressant votre blog et je trouve très claire votre manière d’écrire. Je m’excuse si mon écriture ne l’est pas, le français n’étant pas ma langue.
    En tant qu’auteur de l’image que vous avez publié, je voudrais exprimer une réflexion. Je pense qu’il y a une différence substantielle entre l’installation que j’ai réalisé et la reproduction que vous avez montré. Sur votre site elle devient bien sûr un objet de communication (odc) auquel vous avez attribué un certain index de communication. Je crois que originellement cela n’était pas un odc, mais quelque chose d’autre, que j’appellerai objet de questionnement (odq). Ce odq ne propose pas un message, ne propose pas du langage, mais pose des questions ouvertes. C’est un sens d’incompréhension de ce qui normalement n’est même pas considéré à devoir être compris. Et son fonctionnement est strictement lié à sa présence matérielle, au fait de n’avoir pas un index de communication (ou quand-même pas plus d’un objet trouvé). Vous l’avez perçu tout simplement par erreur et parce que vous en étiez déjà de quelque façon intéressé. S’il y a un adresse émail c’est justement pour renverser l’habitude qu’on a aux propositions médiatiques.
    Une fois qu’il est pris en photo et publié (ce n’est pas la première fois que je vois ça) il perd son être pour devenir autre chose. Il devient justement un objet de communication: il n’interroge plus, il se montre objectivement, il devient stable et résistant au temps, il pourrait potentiellement joindre des millions de personnes, et on pourrait même y attacher un message ou un slogan. Mais il a perdu son être, son existence est ailleurs, beaucoup de monde peut maintenant le voir et surtout il peuvent le comprendre, alors que c’était un questionnement (ou étonnement) et non pas de la communication.

  2. Fabien Lair sur novembre 24th, 2007 13:44

    “Si je viens de faire une nouvelle chose, cette chose est déjà passée.
    Si je vais bientôt faire une nouvelle chose, cette chose n’est pas encore.
    Si je suis en train de faire une nouvelle chose je ne peux pas être ici. ” (http://www.polyphemephoto.com/stefano/news/news.html)
    Ainsi se présente l’artiste qui a,le temps d’un instant, interrogé ton regard. ..Difficile alors d’en parler sans risquer de figer ce qui est fugitif..

  3. Sylvie Cheroutre sur décembre 10th, 2007 21:27

    On se sent en bonne compagnie avec vous
    Xavier j’aime beaucoup ton blog. Il est élégant, de même que le regard à la fois clair et plissé qu’il porte sur le monde. Joli choix des photos. et merci pour le café.

  4. Xavier de Fouchécour sur décembre 16th, 2007 8:24

    Je suis en partie d’accord avec votre analyse laquelle confirme mon intérêt pour votre travail.

    Votre installation m’a frappé d’abord par la coïncidence avec le texte que je tentais d’écrire sur la notion de monde représenté. Ma conviction — et celle de quelques autres avant moi ;-) — est que la réalité n’existe pas si personne n’est là pour la percevoir, la « découper », la valoriser.
    Avec ces idées en tête, j’avance sur ce trottoir, le long de ce long bâtiment haussmannien et je tombe sur votre installation. Ce bout de mur n’existerait pas pour moi si vous ne l’aviez pas signalé comme tel à ma conscience. En prenant une photographie d’un bout de réalité qui, comme vous le dites, « n’est même pas considéré à devoir être compris », ni même être remarqué, vous faites sortir ce bout de réalité de l’indifférenciation, vous le donnez à regarder, même furtivement, presque clandestinement, même à moi seul. Vous le médiatisez au sens où vous le mettez sur un support — la photographie — destiné à être découvert. Vous en faites donc un objet de communication. L’intérêt de votre travail ne se réduit pas à la photographie elle-même — en dehors de ce contexte elle n’aurait pas grand intérêt — mais à sa confrontation avec «sa» réalité, qu’elle recouvre, masque et signale. En remettant la photographie sur la réalité qu’elle désigne, en trompe l’œil, vous créez une vibration particulière, une incongruité, qui est la source de l’émotion et de l’interrogation qu’éprouve le marcheur en « tombant » sur ce travail.

    « Une fois qu’il est pris en photo et publié, dites-vous encore, il perd son être pour devenir autre chose ». Oui dans la mesure où il fige l’installation et l’expérience, là où vous-même figiez ce bout trivial de réalité. Mais en fait, il ne s’agit déjà plus du même objet de communication. En encapsulant votre installation, je crée un autre objet de communication, dont la valeur intrinsèque est constituée par votre travail lui-même mis en abyme certes, mais également par mes propres valorisations, par mes motifs émotionnels et médiatiques : mettre la photo sur mon blog, m’en servir pour illustrer mon propos, etc. De ce fait, j’accrois l’indice de communicabilité de votre installation (et de mon blog, et de moi-même) mais je fais perdre, en effet, à votre travail toute la part de questionnement qu’apportent les réponses et interprétations de ma propre expérience, déjà vécue. Comme vous le dites, ma photo est impuissante à traduire l’expérience vécue de votre installation, elle lui ôte sa « réalité », son «être», qui consistait justement à vivre l’expérience dans l’instant, d’une confrontation entre un objet de communication et sa réalité. N’est-ce pas le sens de votre propos que Fabien porte à notre connaissance ?
    “Si je viens de faire une nouvelle chose, cette chose est déjà passée.
    Si je vais bientôt faire une nouvelle chose, cette chose n’est pas encore.
    Si je suis en train de faire une nouvelle chose je ne peux pas être ici. ”

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