Un horizon limité et imposé
PUBLIE LE 20 octobre 2007 / VuLu |
Vendredi, le journal Libération a choisi de consacrer toute sa une sur le divorce de Nicolas et Cécilia Sarkozy plutôt que, par exemple, sur la grève des transports. Ce choix donne un signe fort de l’évolution de la grille de valorisation qui accompagne la nouvelle formule du quotidien.
Libération n’est certes pas le seul à avoir fait ce choix. Mais l’on attendait un peu moins de complaisance— envers le pouvoir et le marketing — pour un journal « de gauche » qui cultive son impertinence et a fondé une partie de sa crédibilité sur un traitement non conventionnel de l’information.
A la décharge du quotidien, il est vrai que les grèves ont a priori un indice de communicabilité assez faible : c’est compliqué à expliquer, cela renvoie à des réalités souvent corporatistes et triviales, voire un peu désuètes (comme tout ce qui concerne le quotidien du travail). De plus, les images sont pauvres (personnes assises autour d’une table). Cela grippe la logique consumériste. Donc pas bon pour les ventes, au moment où la survie du quotidien lui impose l’usage des rets d’une séduction plus banale et plus soumise.
Lorsqu’un mass media parle des grèves, il évoquera souvent davantage les conséquences de la grève pour les médiatisés plutôt que ses motifs. Sauf si, bien sûr, la grève se prolonge, et avec elle ses nuisances. Or, que se passe-t-il au-delà des revendications des grévistes et de la rigidité du pouvoir ? Quel est l’enjeu ? Les premiers cherchent à accroître l’indice de communicabilité de leur mouvement, les seconds, à diminuer cet indice. Les médias sont quant à eux à la fois les armes et la scène de cet affrontement.
Quelle que soit la nature du combat et des protagonistes, tous partagent la même volonté d’augmenter leur indice de communicabilité (donc affaiblir celle de l’autre). Logique, sinon l’objet de communication — leur cause — n’existerait pas. Cette soumission générale à cette loi expliquerait-elle la sensation de malaise diffuse dans laquelle nous enferme aujourd’hui la société du spectacle ? Contraints, pour exister, d’accroître leur indice de communicabilité et donc de s’aligner sur ses critères, les causes politiques finissent par se ressembler. Leurs idéaux viennent s’échouer au pied de cet horizon limité et imposé. Le débat s’appauvrit et l’on en vient à juger de plus en plus un objet de communication sur sa capacité à mettre en scène sa communicabilité (exemple des dernières élections présidentielles) plutôt que sur les idées ou le projet de société dont il peut être porteur. La femme ou l’homme publique — mais les médias également — ne peut pas s’affranchir de cet impératif au risque de disparaître, de perdre ce bout de pouvoir acquis (la communicabilité) dans un monde où celui ci finit par valoir davantage que le pouvoir gagné par les urnes ou par ses propres valeurs.
Comments
Laissez un commentaire sur ce billet